Croyez vous que je ne vous ai pas remarqué ?
Vous, qui de là-haut, surplombez mon appartement
Quand, dans la nuit, je vois votre cigarette allumée
Pouvez-vous me dire pourquoi vous restez si longtemps ?
Seriez-vous devenu un fumeur de plus en plus invétéré ?
Tous les soirs de l’été, vous ne restiez qu’un moment
Depuis peu, je vous vois, sur votre balcon, longtemps appuyé
Attendez-vous avec impatience le soleil couchant ?
N’auriez vous pas eu dans la tête, en me voyant, quelques idées ?
Mes volets toujours ouverts pouvant vous paraitre surprenant
Auriez-vous voulu voir ce qu’ils pouvaient cacher ?
Et avez entrepris de brûler des allumettes en m’attendant ?
M’attendez-vous impatiemment, en nuisette, faire mon défilé ?
Mais je vous trouve bien impudent
Moi qui aime, dès la nuit tombée, mon intimité
Seriez-vous un peu voyeur? Il faut que cela cesse maintenant
Loin de moi l’intention de m’exhiber
Vous seriez déçu car de moi il ne faut pas attendre autant
Ne voyez vous pas que mes volets sont coincés ?
Et que je m’énerve sur eux tout le temps
Allez ! sortez-donc de chez vous et venez m’aider
Descendez les étages et, pour une fois, accordez-moi un instant
Venez donc voir ce qui se passe en fin de soirée
Et mes volets réparés, je vous en serais reconnaissante
Les prochaines soirées, vous me saluerez
Lorsque mes volets glisseront tout doucement
Car je jetterais surement un œil pour vous chercher
Et rien ne sera plus comme avant
Mon sourire aura eu raison de ma timidité
Vous vous direz quel tempérament !
Les volets ne seront plus coincés mais fermés
Qui sait, j’apprécierais peut-être d’avoir eu un surveillant
Je penserais de vous que je me suis trompée
Je ne verrais plus en vous cet être malveillant
Que mon esprit avait imaginé violer mon intimité
Et alors peut-être je verrais en vous ce que vous êtes, un être très charmant !
Syl