"J'ai l'errance languissante" Et alors !
C’est mon choix : je l’assume, j’en rajoute et je provoque.
Je fais tache, dans le paysage des travailleurs, des bourgeois, des bien pensants. Je sais, je m’en fous.
Je suis gros, gras, sale. Je pue, je sue, je bois.
Je sais, je m’en fous.
Cela me fait beaucoup de défauts à mon passif…et je ne vous dis pas tout !
Mais j’ai une qualité : je suis d’une grande tolérance envers tous les pauvres cons qui comme moi, affalés dans un fauteuil dégueu, se la coulent douce en se tournant les pouces, un verre de pinard à la bouche.
J’ai, en fait, quelque pitié par rapport à tous les coincés qui, en me voyant, baissent les yeux, gênés ou qui, craintifs, font marche arrière ou encore qui, avares, enferment carrément leurs mains cousues dans les poches.
Je les plains de tout mon cœur de pierre. J’ai envie de les libérer…
J’ai ainsi rencontré des sœurs de charité, des hommes de bonne( ?) volonté qui disaient vouloir m’aider, qui disaient avoir pitié ou honte( !) de moi, qui disaient prier pour mon salut !
C’est fou ce que cela m’a fait rigoler.
Qui peut encore aujourd’hui avec tout ce qui se vit dans le quartier des gares et autres lieux mal fréquentés, croire à de tels discours, à des prières qu’exaucerait un bon dieu.
De mon fauteuil, j’en ai tant vu et entendu de toutes les couleurs, de toutes les tripes, que c’est à se demander si c’est pas l’autre, le mauvais, le diable en personne qui dirige ce grand bordel de merde qu’est la terre.
Bien que…
L’autre jour alors que je m’endormais une fois de plus, repu dans mon fauteuil crasseux, un chien errant est venu se coucher à mes pieds…(j’allais dire … à mes pattes.)
Depuis, on ne se quitte plus, on est amis tous les deux.
Et si je m’étais trompé dans mes certitudes ?
Et si…
Faut que je réfléchisse à tout çà devant une bonne petite bière.