Chapitre 5 : Les dés sont jetésConfortablement installés dans un canapé défraichi, Emilie et son ami observent placidement les lieux. Rien ne semble les presser.
Sans prévenir, Arsène prend la parole— Je vous ai retrouvé, Dezaux, ça n’a pas été facile, vous êtes un homme très prudent.
Mais notre époque informatique est fabuleuse pour les fouineurs dans mon genre, et je maîtrise à merveille les joujoux technologiques.
Tout ceci pour dire quoi ? La vérité, la seule et unique vérité, dévoilée il y a peu à notre amie Emilie ici présente. Oh, bien sûr elle en a été quelque peu secouée mais s’en est très bien remise, vous l’aurez constaté.
Un commentaire sur cette introduction en la matière, H. Dezaux ?
Ou plutôt devrais-je dire Hector Svirni ?
Silence de mort, le scientifique répond d’un ton glacial :
— Vous êtes complètement fou, vous feriez mieux de partir, sinon j’appelle la police.
La voix d’Emilie s’élève soudain :
— La police ? Comme c’est une bonne idée Hector, justement Arsène et moi pensions les contacter aussi. C’est fou, nous avons eu la même idée !
Le ton change— Assez plaisanté maintenant, Dezaux.
Je travaille sur votre projet révolutionnaire depuis quatre ans, j’ai passé des heures et des heures enfermée dans votre labo pour mener à bien vos recherches, sans rien en retirer sinon quelques misérables bribes de résultats.
Puis vous vous évaporez dans la nature, une fois encore, une fois de trop. Et là j’apprends enfin la vérité. Vous, le scientifique renommé, reconnu, êtes en réalité un imposteur…
Dezaux bondit de sa chaise comme un fou et se précipite sur elle
Arsène l’intercepte et le maintient solidement— Hola, on se calme, et on écoute la demoiselle, sinon je vous ligote. Et inutile d’appeler en renfort votre épouse ou votre jumeau, oui, je sais qu’ils sont là, Svirni.
Tête baissée, visage défait, Dezaux- Svirni capitule. Emilie reprend — Nous allons conclure un marché, Svirni.
En échange de votre liberté et de votre disparition définitive de la circulation, vous allez me donner tous les éléments, je dis bien tous, pour terminer vos recherches.
Je publierai en mon nom, annoncerai que vous m’avez transmis vos travaux en héritage avant de vous suicider.
Ma compétence scientifique sera enfin reconnue à sa juste valeur, je deviendrai peut-être même riche, mais ce n’est pas le plus important.
Je ne vis que pour la science, vous le savez, contrairement à vous qui exploitez votre frère surdoué et invalide pour vous attribuer la gloire.
Toutes ces années où je vous ai admiré, vous me dégoutez, Svirni.
D’une voix d’outre tombe, Dezaux murmure :
— Je ne peux pas vous obéir, même si je le voulais, ce serait impossible. Mon frère est souffrant depuis des jours, et nous ne pouvons pas appeler un médecin ni le faire hospitaliser. Ma femme possède des connaissances médicales, mais se trouve impuissante face à la maladie qui le ronge. Je crois que tout est fichu, et votre plan sublime avec !
Clarisse déboule soudain dans le salon, sans se soucier des étrangers :— Dépêche-toi, Hector, il veut te parler
Comme un seul homme, ils se dirigent tous vers la chambre.
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Six mois plus tard, à la une de la célèbre revue scientifique MC3 :
« Emilie BECHER révolutionne le monde de l’eau »
S’ensuit une longue et très technique publication décrivant les recherches et le brevet déposé par la scientifique.
Arsène soupire d’un air satisfait et repose la revue sur son bureau. Il lui faudra appeler son amie pour la féliciter. Et pour la remercier des arrangements financiers de leur « contrat ».
A quoi tient un destin, finalement ? Un frère jumeau qui agonise et avec ses dernières forces dévoile l’achèvement de ses travaux. Une honnête scientifique qui se transforme en chercheuse assoiffée de renommée mondiale.
Il soupire d’aise et se demande en souriant par quoi débuter les longues vacances qui s’annoncent.
FIN