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 Un gosse

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pati
Responsable technique



MessageSujet: Un gosse   Mer 6 Avr - 19:27

Rappel du premier message :

Il a marché toute la nuit. Titubant de fatigue, il s’est effondré sous le premier abri venu. Il a posé son fusil à ses pieds, défait les lanières de son sac à dos, a enlevé son long manteau pour s’en faire une couverture. Il a sombré dans un sommeil de plomb en quelques secondes.
À dix-sept ans, on s’endort n’importe où...


Le soleil est déjà chaud quand la femme entre dans la grange. Elle reste figée de stupeur à la vue du soldat endormi. Elle recule en silence et se met à courir. Elle entre en trombe dans la cuisine, où l’homme prend son café.
— Il y a un soldat qui dort dans la grange !
L’homme sursaute et se précipite dehors, suivi de loin par la femme apeurée. Le soldat s’est couché tout près de l’entrée, comme s’il n’avait pu aller plus loin. L’homme le regarde, interdit. « C’est rien qu’un gosse, merde... ». Il aperçoit le fusil, se penche sans bruit et le prend, par réflexe. C’est le moment que choisit le soldat pour ouvrir des yeux embués de sommeil.
Il y a un moment de flottement, pendant lequel les deux hommes se regardent, sans bouger. L’homme en pyjama, aux manches de veste relevées, et le garçon couché dans la paille, terrorisé. Derrière eux, la femme se met à crier :
— Tue-le ! Méritent rien d’autre, ces salauds ! Qu’est-ce que tu fous, là, vas-y, tire !
— Tais-toi !
— Quoi ?
— Tais-toi, je te dis !
— Tue-le ! Après ce qu’ils t’ont fait, tu vas pas...
— Va-t-en, femme !

Ils sont seuls. Le soldat s’est mis à parler précipitamment. L’homme ne comprend pas le flot de paroles mais il en devine le sens. Il se décide brusquement.
— Allez, file, murmure-t-il d’une voix lasse.
Le geste de la main qui accompagne ces mots est universel : le soldat se lève d’un bond, fait deux pas vers la sortie et s’arrête brusquement, le regard fixé sur son fusil, que l’homme tient toujours d’une main distraite. Il n’ose plus bouger.
L’homme sait bien ce qui panique le garçon. Un soldat sans fusil, c’est un soldat mort. On ne lui pardonnera pas de l’avoir perdu, et il sera sans défense.
« Ce serait si simple... »
« Mais ce n’est qu’un môme, rien qu’un môme... »
« Lui n’hésiterait pas. »

L’homme est plongé dans un brouillard opaque, fait de souvenirs noirs et de haine viscérale.

— Pourquoi tu l’as laissé partir avec son fusil ? Pourquoi ??
L’homme se ressert un café et s’assoit lourdement sur le banc.
— Chacun a sa part d'ombre, la lumière ne peut pas être toujours là… C’était rien qu’un gosse, femme. Un gosse...

_________________
ne jamais dire jamais
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AuteurMessage
sprite
Kalé'reporter



MessageSujet: Re: Un gosse   Mer 13 Avr - 16:21

Si tu veux, je pourrais aussi y poser ce que nous sommes en train de vivre vis a vis de la Cote d'Ivoire: la famille de Mel appartenant aux souteneurs du president recemment dechu... les retaliations qui vont s'ensuivre toucheront-elles la famille?

Charlotte, j'ai vecu la meme chose par ma famille vis a vis de l'occupant: je n'ai jamais entendu parler avec haine.

Par contre, a l'adolescence, quand placee au college a cote d'une fille de la petite bourgeoisie du chef-lieu de canton (le magazin de vetements qu'ils possedaient me mettant au rang inferieur automatiquement), elle m'avait bien fait sentir que je n'etais qu'une paysanne (et pourtant elle me copiait dessus tellement elle etait nulle). Ayant rapporte l'anecdote a la maison, ma grand-mere s'est exclamee:
-" Tu n'as qu'a lui dire, que sa grand-mere faisait pas tant la fiere quand on l'a cache pendant que son fils etait au maquis. Et elles sont venues aux cerises longtemps apres la guerre!."

Nous avons connu apres la guerre, ceux qui avaient la reconnaissance et ne pouvait pas passer par nos villages sans venir remercier les paysans qui les avaient nourris, et ceux qui etaient redevenus hautains et semblaient avoir oblitere de leure memoire toute cette periode.
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Un gosse

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