Lundi matin, 9H00. Comme d’habitude j’allume mon ordinateur, comme d’habitude je tape mon mot de passe et … contrairement à d’habitude vais prendre un café.
Je sais que mon supérieur va passer « dire bonjour » par politesse bien sur, mais aussi pour s’assurer que nous sommes bien à nos places. J’attends sirotant tranquillement ma boisson trop chaude. Je vois passer Pamela une nouvelle fois en retard, Myriam les yeux encore rougis des malheurs que lui fait subir son amant. Toutes les deux me regardent étonnées. Je peux imaginer leur chuchotements, leurs interrogations sur ma folie apparente.
Enfin Albert passe devant la cafétéria, me regarde et fonce droit sur moi avec l’envie manifeste de me manger tout cru sans même essayer de m’assaisonner à quoi que ce soit.
Je l’écoute poliment me décrire sans complaisance mais sans réalisme non plus. Incapable, bon à rien, stupide …. Je crois que ce qui l’énerve le plus c’est ce sourire que j’affiche, cet air de m’en moquer totalement. Il débite à une vitesse folle, je ne crois pas connaître quelqu’un qui puisse sortir autant de vulgarité à la minute. Au fur et à mesure que la source de son vocabulaire se tarit son débit diminue jusqu’à stopper complètement.
Ma voix est mal assuré et pourtant :
« c’est bon vous avez terminé, je peux parler ? Non ne dites rien ce sera plus simple et plus court. J’ai gagné au loto largement de quoi subvenir à mes besoins et ceux de ma famille au sens large du terme sans avoir à travailler. Et puis comme il m’en restait un peu j’ai donné 200 000 € à chacune des personnes travaillant dans cette société et qui n’est ni cadre ni siégeant au comité de direction ou au comité exécutif. Je pense que dans les jours qui viennent vous allez connaître une recrudescence de démissions. Alors je me pose cette question, vous qui pensez nous dirigez et vous croyez si indispensable, je me demande bien ce que vous allez devenir sans vos employés. Et maintenant laissez moi passer, j’aimerai pouvoir partir. »