Il faut se méfier de l'eau qui dort.
Il faut se méfier des maisons aux allures bucoliques.
Il faut se méfier de celles où l'on n'accoste que par bateau.
Ce ne fut pas bien compliqué de les appâter. Il a suffi de leur montrer la photo. Forcément, ils ont tout de suite été enthousiastes. Pensez donc ! Huit jours dans ce petit paradis ! Qui donc aurait refusé ? Huit jours en amoureux. Voilà ce qu'ils espéraient. Alors ils se sont décidés tout heureux.
Je me suis montré courtois et avenant, aidant la femme à descendre dans le Zodiac, assistant Monsieur pour embarquer les bagages, un peu trop volumineux à mon goût, d'autant qu'il est clair qu'ils n'en auraient guère besoin...
Tout allait bien. Ils me faisaient confiance. C'était le principal... Pour l'instant.
La traversée prenait une bonne demi-heure. « Je ne croyais pas que c'était si loin ! », dit la femme. J'ai répondu que sur ce lac on évaluait mal les distances. L'homme a demandé s'il y avait l'électricité. J'ai répondu : « bien sûr, il y a un petit groupe électrogène ! ». Pourquoi les affoler par avance...
Nous avons accosté au ponton. J'ai rapidement débarqué toutes leurs affaires. Je ne tenais pas à m'attarder. J'ai tendu les clés au type. Je lui ai dit qu'il trouverait sur la table toutes les instructions pour faire fonctionner le générateur, tous les autres conseils utiles, et des provisions plus que nécessaire. Puis j'ai redémarré le Zodiac et me suis éloigné rapidement leur criant : « je reviens dans huit jours ! Prenez du bon temps !... ». Je me suis même fendu d'un sourire. Je les ai vus plutôt interloqués, les bras ballants, étonnés de mon départ aussi rapide.
Franchement, je ne vois pas ce que l'on pourrait me reprocher. Je fais le travail pour lequel on me paye. J'amène les gens là-bas. Et puis basta !
Ce n'est quand même pas de ma faute s'ils ne reviennent jamais...
Est-ce que je sais moi ce qu'ils ont décidé de faire ?
Ce sont des gens adultes et vaccinés !
Chacun prend les risques qu'il veut.
Tout ça ne me regarde pas.
.