Depuis plusieurs années, je faisais chaque été un grand trek : quelques semaines pour m’évader, découvrir d’autres horizons et échapper à mon intruse et à mon lourd traitement hebdomadaire.
Paradoxalement pourtant, ma sep était au premier plan puisque chaque pas, chaque montée, symbolisait un affrontement : chaque col franchi était une victoire. Comme pour tester davantage encore ma résistance, ma préparation devenait chaque fois plus légère au point de majorer la difficulté de l’altitude et des longues journées de marche par une forme très insuffisante au moment du départ. Je me mettais ainsi de plus en plus en danger pour défier mon intruse ; l’angoisse de l’échec me dévorait. C’est au prix fort que je payais la paix retrouvée dans les monastères bouddhistes et les montagnes himalayennes. Alors que je croyais m’enfuir pour oublier ma maladie, tout me ramenait à elle : je lui consacrais mes vacances. Cette lutte que je savais vaine m’épuisait : à chaque retour, tout recommençait.
Cette année, je ne voulais plus jouer à ce jeu stupide et dangereux. Qu’arriverait-il si j’échouais ? Je ne voulais plus relever de défi sportif pour essayer de me prouver que j’étais la plus forte, mais je voulais faire la paix.
J’ai donc décidé de faire un voyage moins lointain mais plus intérieur.
J’ai commencé mon été en peaufinant les corrections du manuscrit qui raconte mon parcours avec la sep. Le temps de l’été, ma maladie est devenue un simple objet littéraire, le personnage d’une histoire dans laquelle ma relectrice traquait impitoyablement les derniers points à améliorer. Et cet été, enfin, elle m’a dit qu’après ces dernières corrections, elle pensait que mon manuscrit serait présentable à un éditeur.
Puis j’ai voyagé sur les routes de France à la rencontre de blogueurs devenus des amis, des gens découverts grâce à mon blog, des gens que j’ai donc rencontrés grâce à ma sep. Malades ou non, écrivant ou non, mais tous des personnes que j’avais envie de connaître et pour certains de retrouver.
Enfin, j’ai fini chez une amie chère, ma plus forte rencontre virtuelle, celle qui la première a lu mes poèmes et qui m’a incitée à ouvrir mon blog. Celle qui m’a donné le courage d’écrire.
La boucle s’est bouclée. J’ai tourné une page.
Cet été, je n’ai plus cherché à fuir vainement mon intruse, alors que tout me ramenait à elle.
Cet été, je crois que j’ai fait la paix avec ma sep.